Un Modèle Conceptuel de Données (MCD) décrit la structure logique d’un système d’information géographique : entités, attributs, relations, cardinalités. Auditer un SIG existant revient à confronter ce modèle théorique à la réalité de la base de production pour mesurer les écarts. Cette opération, souvent repoussée faute de méthode claire, conditionne pourtant la fiabilité de toute exploitation cartographique et la capacité à faire évoluer le système.
Golden schema : le référentiel d’audit que la DSI doit poser en amont
Avant de comparer quoi que ce soit, il faut disposer d’un point de comparaison stable. Dans les architectures de bases spatiales récentes, cette référence prend la forme d’un golden schema, un schéma de référence figé qui représente le MCD tel qu’il devrait être implémenté en production.
Le golden schema n’est pas le MCD lui-même. Le MCD reste un modèle conceptuel, indépendant de la technologie. Le golden schema, lui, traduit ce modèle en structure physique : noms de tables, types de colonnes, contraintes d’intégrité, index spatiaux, règles de topologie. Il sert de point de vérité contre lequel chaque instance de base peut être testée automatiquement.
Pour le constituer, la DSI extrait le schéma physique cible du MCD en vigueur, le documente dans un format versionné, et le conserve dans un dépôt accessible aux équipes techniques. Chaque migration de schéma ultérieure est alors enregistrée dans un journal d’audit qui trace les écarts entre l’état de production et cette référence.

Méthode d’audit SIG à partir du MCD : trois axes de vérification
L’audit proprement dit compare le golden schema (ou à défaut le MCD documenté) à l’état réel de la base de données géographique. Trois axes structurent cette comparaison.
Conformité structurelle du schéma
Le premier contrôle porte sur la correspondance entre les entités du MCD et les tables présentes en base. On vérifie l’existence de chaque table, la présence de chaque attribut attendu, le respect des types de données et des contraintes (clés primaires, clés étrangères, unicité).
Les écarts les plus fréquents sont les colonnes ajoutées hors MCD par les équipes métier, les tables orphelines créées pour des besoins ponctuels, et les contraintes d’intégrité désactivées lors d’imports massifs puis jamais réactivées. Chaque écart structurel doit être classé : volontaire (évolution métier non reportée dans le MCD), accidentel (erreur de déploiement), ou obsolète (vestige d’une ancienne version).
Cohérence spatiale et topologique
Un SIG ne stocke pas que des attributs alphanumériques. Les géométries doivent respecter des règles définies dans le MCD ou dans les standards applicables. Le contrôle porte sur :
- La validité géométrique des objets (pas de polygones auto-intersectants, pas de géométries nulles sur des couches obligatoires)
- Le respect du système de projection déclaré dans le MCD, vérifié table par table et non uniquement au niveau du projet cartographique
- Les règles de topologie entre couches (connexité des réseaux, non-superposition de parcelles, continuité des tronçons linéaires)
Pour les SIG de réseaux de télécommunications, la conformité au modèle Gr@ce THD ou aux standards du CNIG constitue un critère d’audit à part entière. Plusieurs projets de jumeaux numériques imposent désormais une mise en conformité explicite avec ces référentiels avant toute industrialisation de plateforme.
Qualité et complétude des données
Le troisième axe évalue le contenu réel des tables. Un schéma peut être parfaitement conforme au MCD tout en contenant des données inexploitables : valeurs nulles sur des champs théoriquement obligatoires, doublons géométriques, attributs renseignés avec des valeurs par défaut jamais corrigées.
Le profilage de données avant migration, pratique documentée dans les retours d’expérience récents, permet de mesurer la complétude, les domaines de valeurs et les dépendances entre colonnes. Ce diagnostic révèle des anomalies invisibles à la seule lecture du schéma.
Traçabilité des migrations de schéma SIG
Un SIG évolue. Le MCD de la version initiale ne correspond presque jamais à celui exploité trois ans plus tard. L’audit doit donc inclure un volet diachronique : retracer les modifications de schéma appliquées depuis le dernier MCD validé.
Le journal d’audit technique, associé au golden schema, enregistre chaque opération de migration (ajout de colonne, suppression de table, modification de type). Sans ce journal, la DSI reconstitue les changements par comparaison différentielle entre l’état actuel et le dernier MCD documenté, ce qui prend un temps considérable et laisse des zones d’ombre.
La recommandation opérationnelle est simple : versionner le MCD comme du code source. Chaque modification structurelle passe par un script de migration référencé, testé, et appliqué de manière identique sur les environnements de développement, de recette et de production.

Livrables d’audit SIG : ce que la DSI exploite concrètement
Un audit sans livrable exploitable reste un exercice intellectuel. Deux documents constituent le socle minimal.
- La matrice de conformité MCD/base, qui liste chaque entité du MCD, son état en production (conforme, modifié, absent, ajouté hors MCD) et la criticité de l’écart pour les processus métier
- Le rapport d’anomalies spatiales, qui recense les objets géométriquement invalides, les ruptures topologiques et les incohérences de projection, classés par couche et par niveau de gravité
- Le plan de remédiation, qui priorise les corrections en fonction de leur impact sur l’exploitation courante et sur les projets d’intégration ou de migration à venir
Ces livrables servent aussi de base contractuelle lorsque la gestion du SIG est externalisée. Ils permettent de fixer des indicateurs de qualité mesurables dans les conventions de service.
L’audit d’un SIG à partir du MCD n’a pas vocation à être un exercice ponctuel. Les organisations qui maintiennent un golden schema versionné et un journal de migrations transforment cette vérification en processus continu, intégré aux cycles de mise à jour des données géographiques. Le coût d’un audit régulier reste marginal comparé à celui d’une migration corrective sur une base dont personne ne maîtrise plus la structure réelle.

